En France, la difficulté est de trouver des toilettes. À l'étranger, il s'y ajoute une autre : en avoir besoin d'urgence, parce que l'eau, les aliments ou l'hygiène des lieux ne sont pas ceux dont on a l'habitude. La diarrhée du voyageur est l'un des troubles de santé les plus courants en voyage. Ce guide reprend ce qu'en disent les recommandations officielles, et ce qui facilite le quotidien quand les toilettes ne ressemblent pas à celles de chez soi.
Ce guide résume des recommandations publiques ; il ne remplace pas une consultation avant le départ, auprès de son médecin ou d'un centre de conseil aux voyageurs, qui tient compte de la destination, de la durée du séjour et de l'état de santé de chacun.
Un trouble très fréquent, le plus souvent bref
Les recommandations sanitaires aux voyageurs du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), dans leur édition 2026, définissent la diarrhée du voyageur comme l'émission, pendant ou au retour d'un voyage, d'au moins trois selles non formées en vingt-quatre heures, ou de selles plus fréquentes que d'habitude.
Elles citent une revue systématique selon laquelle 20 à 56 % des voyageurs internationaux adultes développent une diarrhée dans les cent jours du voyage, et 3 % une forme sévère qui retentit sur le quotidien. Le risque augmente avec la durée du séjour ; le tourisme et les voyages d'aventure sont des facteurs de risque. Chez les enfants, la proportion rapportée va de 13,5 à 39 %. Le chapitre consacré au sujet par les CDC américains, dans le Yellow Book 2026, donne un ordre de grandeur proche : 30 à 70 % des voyageurs sur un séjour de deux semaines, selon la destination et la saison.
Le plus souvent, il s'agit d'une « turista » bénigne, qui survient pendant le séjour ou dans les sept jours qui suivent le retour et guérit seule en un à trois jours, précise le HCSP. Les micro-organismes en cause sont dans environ 80 % des cas des bactéries, plus rarement des virus, norovirus en tête, ou des parasites. Tous ont en commun ce que les recommandations appellent le péril fécal : une transmission par l'eau, les aliments ou les mains.
La prévention passe d'abord par les mains et par ce qu'on avale
La prévention recommandée par le HCSP repose sur l'hygiène, dans cet ordre :
- Se laver les mains avant les repas, avant de toucher des aliments et après le passage aux toilettes, puis les sécher avec un linge propre ou, à défaut, à l'air. En l'absence d'eau et de savon, utiliser un gel ou une solution hydroalcoolique.
- Boire de l'eau en bouteille capsulée, ouverte devant soi, ou une eau rendue potable par ébullition, une minute à gros bouillons, ou par un produit de désinfection. L'eau du robinet se boit dans les pays où elle est traitée et sans risque de contamination.
- Éviter les glaçons, les jus de fruits frais artisanaux, les crudités, les coquillages crus, les plats réchauffés et les glaces artisanales.
- Préférer les plats chauds, servis chauds, et éviter la nourriture de rue quand la chaîne du chaud ou du froid est incertaine.
- Laver ou peler soi-même les fruits, après s'être lavé les mains, et consommer bien cuits les œufs, les viandes, les poissons et les crustacés.
L'Assurance Maladie résume la même logique pour la turista : de l'eau capsulée ou rendue potable, des aliments bien cuits, et des fruits et légumes qu'on pèle soi-même. La technique du lavage des mains, et les limites du gel face à certains virus digestifs, sont détaillées dans le guide sur le lavage des mains.
Si la diarrhée survient : boire, et ne pas se tromper de médicament
Le HCSP place en premier la prévention de la déshydratation : boire sans restriction de volume dès les premières selles liquides, sans attendre la soif, en alternant des liquides salés et sucrés, ou des solutés de réhydratation orale en sachets, particulièrement chez les jeunes enfants et les personnes âgées. L'eau seule ne suffit pas : elle doit être accompagnée d'électrolytes.
Le texte met en garde sur les médicaments qui ralentissent le transit, comme le lopéramide. Il est contre-indiqué en cas de selles sanglantes, et ne doit pas être utilisé en cas de diarrhée grave, glaireuse et sanglante ou fébrile. Pour le reste, il est déconseillé, sauf diarrhée très abondante ou nécessité fonctionnelle, dont le HCSP donne l'exemple d'un trajet en avion, et seulement à partir de quinze ans. Le choix d'un traitement se fait avec un professionnel de santé, idéalement lors de la consultation avant le départ.
Quand consulter sur place ou au retour
Le HCSP recommande une consultation médicale :
- dans les formes intenses ou graves : déshydratation, sang dans les selles, instabilité de la tension ou du pouls ;
- dans les formes qui persistent, en particulier chez l'enfant de moins de deux ans ;
- systématiquement en cas de fièvre, parce qu'un paludisme peut se présenter comme une gastro-entérite fébrile, notamment chez l'enfant, et que la fièvre typhoïde doit aussi être envisagée.
Chez l'enfant, les signes de déshydratation que les parents doivent savoir reconnaître sont la soif, l'apathie, la pâleur ou le teint grisâtre, les extrémités froides, les marbrures, les yeux creusés et la bouche sèche. Si l'enfant ne parvient pas à boire, une consultation rapide s'impose.
Le HCSP signale enfin un risque moins connu : l'acquisition, pendant un voyage international, d'un portage de bactéries multirésistantes aux antibiotiques, fréquente selon la zone visitée, et plus probable après une diarrhée ou une prise d'antibiotiques. Le HCSP demande d'ailleurs que le voyageur soit informé, avant le départ, des inconvénients d'un traitement antibiotique et pas seulement de son efficacité.
Femmes enceintes
Pendant la grossesse, les recommandations demandent de renforcer les règles d'hygiène alimentaire, en particulier pour les crudités, les produits au lait cru, la charcuterie et les viandes peu cuites, car certains aliments peuvent transmettre des maladies plus graves pour la femme enceinte ou le fœtus. Le racécadotril, un anti-diarrhéique, est à éviter pendant la grossesse faute de données. Le guide sur la grossesse traite des autres questions de toilettes propres à cette période.
Le quotidien : des toilettes qui ne ressemblent pas aux nôtres
Au-delà de la santé, les équipements varient beaucoup d'un pays à l'autre, et d'un lieu à l'autre dans un même pays : toilettes à la turque, absence de papier, absence de lavabo, consignes locales sur ce qui peut être jeté dans la cuvette. Trois objets règlent l'essentiel : un paquet de mouchoirs ou de papier, un flacon de solution hydroalcoolique et quelques pièces de monnaie locale pour les toilettes payantes. Quand une affiche demande de ne pas jeter le papier dans la cuvette, mieux vaut la respecter.
Les mêmes réflexes de base valent partout, et sont rappelés dans le guide sur l'hygiène des toilettes publiques : se laver les mains, ne rien poser au sol, refermer l'abattant avant de tirer la chasse quand il existe.
Avant de partir et au retour en France
Les trajets vers l'aéroport ou la gare, et ceux du retour, se font souvent à des heures où les toilettes publiques sont fermées. Sur les 35 243 emplacements relevés en France, 1 455 sont indiqués ouverts en continu. Les pages autour des grandes gares et des sites les situent à proximité, le guide sur les gares dit ce qu'on y trouve, et celui sur l'autoroute ce qu'on peut attendre d'une aire de service.
Sources
- Haut Conseil de la santé publique, « Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026 », avis du 28 mai 2026, chapitre 4 « Diarrhée du voyageur et autres risques alimentaires » et chapitre 10 sur la femme enceinte, hcsp.fr.
- Connor BA, Leung DT. « Travelers' Diarrhea », CDC Yellow Book 2026: Health Information for International Travel, cdc.gov.
- Assurance Maladie, « Prévenir la gastro-entérite et la turista (diarrhée du voyageur) chez l'adulte », ameli.fr, 2 janvier 2025.
- CDC, « About Hand Sanitizer », cdc.gov, mis à jour le 12 mars 2024.