Un enfant passe à l'école l'essentiel de ses journées, et les toilettes y sont souvent le seul endroit qu'il évite. Le sujet fait sourire, il est pourtant documenté depuis près de vingt ans par des enquêtes publiques, des études médicales et la Défenseure des droits. Ce guide rassemble ce qu'elles mesurent, ce que la rétention fait à la santé d'un enfant, les règles qui s'appliquent et les pistes que proposent les institutions.
Ce guide informe ; il ne remplace pas l'avis du médecin, du pédiatre ou du médecin scolaire. Des fuites urinaires, des brûlures en urinant, des maux de ventre répétés ou une constipation qui dure chez un enfant se signalent à un médecin.
Ce que mesurent les enquêtes
L'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement s'est penché deux fois sur la question. Son rapport publié en janvier 2008 portait sur les écoles élémentaires, à partir d'une enquête volontaire menée auprès de classes de CM1 et CM2 dans 865 écoles de 55 départements.
7,2 %
des élèves de CM1-CM2, 200848 %
des mêmes élèves14 %
72,9 % jugent l'odeur mauvaiseEn 2013, l'Observatoire a interrogé les collèges et les lycées : 1 739 établissements ont répondu, 11 % du total. Le rapport, rendu public en mars 2014, établit que 28 % des établissements connaissaient des cas d'élèves ayant renoncé à utiliser les toilettes, 34 % des collèges, 16 % des lycées généraux et technologiques et 10 % des lycées professionnels. Les plaintes portent sur les odeurs, la propreté, le matériel dégradé et le manque d'intimité ; les fermetures de porte cassées sont signalées bien plus souvent chez les garçons, 41 %, que chez les filles, 20 %. Un tiers des sanitaires est nettoyé jusqu'à deux fois par jour, 61 % une seule fois. Et la question n'est abordée que rarement, ou jamais, dans 77 % des collèges et 88 % des lycées.
Les chiffres plus récents viennent d'études privées. La Défenseure des droits reprend en 2022 celle de l'institut Harris Interactive selon laquelle huit enfants sur dix se retiennent d'aller aux toilettes à l'école primaire ; une question écrite de 2023 attribue le même résultat à une étude de cet institut réalisée pour Essity et Harpic, deux fabricants de produits d'hygiène. Le chiffre est donc à lire comme un ordre de grandeur, non comme une statistique publique. Le guide ministériel « Bâtir l'école élémentaire » reproduit de son côté un sondage où 67,5 % des élèves disent ne pas trouver agréables les toilettes de leur école.
Ce que la rétention fait à la santé
L'étude la plus précise en France a été menée dans trois collèges de la Loire et publiée en 2014 dans la revue Santé publique. Sur 791 élèves de 12 à 16 ans, 34 % ne vont jamais aux toilettes du collège, 21 % n'y urinent jamais et 85 % n'y vont jamais à la selle. 28 % disent avoir déjà eu mal au ventre faute d'avoir pu y aller, et 29 % avoir eu du mal à se concentrer pour la même raison. 9 % rapportent une incontinence urinaire, 13 % des filles et 4 % des garçons. Les auteurs concluent que les comportements de rétention, urinaire comme fécale, sont fréquents et pèsent sur l'attention en classe.
Le référentiel de pédiatrie du Collège national des pédiatres universitaires, destiné aux étudiants en médecine, donne le cadre médical. Entre 6 et 8 ans, 10 à 15 % des enfants ont des fuites urinaires de jour ou de nuit. Dans l'immense majorité des cas, ces troubles sont fonctionnels, et le référentiel les relie explicitement aux mauvaises habitudes mictionnelles liées aux conditions d'accès aux toilettes scolaires. Le médecin est d'ailleurs invité à interroger l'enfant sur la disponibilité, la propreté et le papier des toilettes de son école.
Ces troubles s'accompagnent souvent d'une constipation, qui peut les entretenir. Une prise en charge adaptée les guérit ou les améliore le plus souvent, mais le référentiel cite des complications urologiques parfois sévères dans les formes les plus graves, jusqu'à l'atteinte rénale. Le guide « Bâtir l'école » le dit plus simplement : beaucoup d'élèves se retiennent, ce qui peut entraîner des pathologies, infections urinaires en tête. Le guide sur le fait de se retenir détaille ces mécanismes.
Les règles qui s'appliquent
Il n'existe pas de norme nationale qui fixe le nombre, la surface ou l'équipement des toilettes scolaires. L'Observatoire le relevait dès 2008, parlant d'un vide juridique et administratif : les communes rédigent leurs propres cahiers des charges. Le cadre tient en trois éléments.
- La responsabilité des collectivités. Le ministère de l'Éducation nationale le rappelle dans ses réponses à deux questions écrites de 2023 : les communes ont la charge de la construction, des grosses réparations, de la maintenance et de l'entretien des écoles, en lien avec le ministère.
- Le règlement type départemental. La circulaire n° 2014-088 du 9 juillet 2014 prévoit que les sanitaires sont maintenus en parfait état de propreté et régulièrement désinfectés par la collectivité, et qu'une vigilance est exercée pour sécuriser leur utilisation. Le règlement intérieur de chaque école, voté en conseil d'école, peut en fixer les modalités d'usage.
- Des recommandations, non des obligations. Les guides « Bâtir l'école » de la cellule bâti scolaire du ministère préconisent des cloisons sur toute la hauteur pour garantir l'intimité, du papier, du savon et de quoi s'essuyer les mains, des sanitaires répartis en plusieurs îlots près des classes plutôt qu'un bloc unique, et une surveillance possible par les adultes sans atteinte à l'intimité.
S'y ajoutent les règles d'accessibilité des établissements recevant du public, que le guide sur l'accessibilité en fauteuil présente.
Ce que recommandent les institutions
Dans son rapport consacré en 2022 à la vie privée des enfants, la Défenseure des droits décrit des sanitaires scolaires devenus, par leur mauvais entretien et leur configuration, des lieux que les enfants fuient, parfois le théâtre de violences entre élèves dont elle est régulièrement saisie. Sa recommandation 20 demande aux collectivités de rendre prioritaire la rénovation des toilettes, de penser les espaces d'intimité selon l'âge des enfants et de généraliser les distributeurs gratuits de protections hygiéniques dans les collèges et lycées.
L'Observatoire met en avant un autre levier : faire de la question un sujet de l'établissement, alors qu'elle n'y est presque jamais abordée. Il cite des actions déjà menées, comme un ajout au règlement intérieur ou une charte, des fresques et des décorations conçues par les élèves, une étude bactériologique réalisée avec eux, ou l'implication des parents au collège.
Ce que peuvent faire les parents
- Poser la question à l'enfant, simplement : va-t-il aux toilettes à l'école, et sinon pourquoi. Porte qui ne ferme pas, papier absent, peur d'être vu ou embêté : la réponse oriente la démarche.
- En parler à l'école, à l'enseignant ou au conseil d'école, qui vote le règlement intérieur, et à la commune, puisque c'est elle qui entretient les locaux.
- Consulter en cas de fuites, de brûlures, de maux de ventre répétés ou de constipation : le médecin fera le lien avec les habitudes de l'enfant à l'école.
Pour les plus jeunes et pour les sorties, le guide sur l'enfant hors de la maison donne les réflexes utiles. Lors d'une sortie scolaire, repérer l'itinéraire sur la carte évite les mauvaises surprises : le relevé compte aujourd'hui 35 243 emplacements, dont 16 356 à gratuité confirmée.
Ce qu'il faut retenir
- Dès 2008, 7,2 % des élèves de CM1-CM2 interrogés n'allaient jamais aux toilettes de l'école et 48 % y allaient irrégulièrement.
- En 2013, 28 % des collèges et lycées connaissaient des élèves qui renonçaient à y aller ; dans trois collèges de la Loire, 85 % des élèves n'y allaient jamais à la selle.
- Les pédiatres universitaires relient une grande partie des troubles mictionnels de l'enfant aux conditions d'accès aux toilettes scolaires.
- Aucune norme nationale ne fixe le nombre ni l'équipement des toilettes scolaires : l'entretien relève des collectivités, l'aménagement de recommandations.
- La Défenseure des droits demande depuis 2022 d'en faire une priorité de rénovation.
Sources
- Banque des Territoires, Localtis, « Sanitaires dans les établissements scolaires : un travail sur les normes paraît urgent », sur le 12e rapport de l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement, banquedesterritoires.fr, 29 janvier 2008.
- Banque des Territoires, Localtis, « Sanitaires des collèges et lycées : que peuvent faire les collectivités ? », sur le 18e rapport de l'Observatoire, banquedesterritoires.fr, 12 mars 2014.
- Michèle Olivain, Jean-Michel Billioud, « Enquête sur l'état des sanitaires dans les collèges et lycées », La Santé en action, n° 433, septembre 2015, p. 39-40, santepubliquefrance.fr.
- Hoarau B, Vercherin P, Bois C. Toilettes au collège : moins j'y vais... et mieux je me porte ? Santé publique, 2014, vol. 26, n° 4, p. 421-431, doi:10.3917/spub.144.0421.
- Défenseur des droits, « La vie privée : un droit pour l'enfant », rapport annuel consacré aux droits de l'enfant 2022, defenseurdesdroits.fr.
- Assemblée nationale, question écrite n° 8185 « Crise des toilettes scolaires », réponse du ministère de l'Éducation nationale publiée au JO le 7 novembre 2023, assemblee-nationale.fr.
- Assemblée nationale, question écrite n° 10152 « Harcèlement scolaire - usage des toilettes à l'école », réponse publiée au JO le 24 octobre 2023, assemblee-nationale.fr.
- Ministère de l'Éducation nationale, cellule bâti scolaire, guide « Bâtir l'école élémentaire », édition 2026, batiscolaire.education.gouv.fr.
- Collège national des pédiatres universitaires, référentiel, chapitre 49, item 51 « Troubles de la miction », pedia-univ.fr.