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Guide · 7 min de lecture

Se retenir d'aller aux toilettes : ce que l'on risque vraiment

Faute de toilettes, on se retient, on boit moins, on s'accroupit au-dessus de la cuvette. Ce que l'Assurance Maladie et les études disent de chacun de ces réflexes.

Quand on ne sait pas où trouver des toilettes, ou qu'on n'a pas envie d'entrer dans celles qu'on trouve, la réponse la plus courante est de se retenir. Une fois de temps en temps, cela n'a rien d'alarmant. Quand cela devient une habitude, au travail, en déplacement ou à l'école, les sources médicales décrivent plusieurs conséquences. Ce guide les rassemble, en citant à chaque fois d'où vient l'information.

Ce guide informe, il ne pose aucun diagnostic. Des brûlures en urinant, du sang dans les urines ou les selles, de la fièvre ou des douleurs persistantes justifient de consulter un médecin, et lui seul peut dire ce qui convient dans votre cas.

Le rythme normal, pour fixer les repères

Selon l'Assurance Maladie, on urine normalement toutes les trois à quatre heures dans la journée. On parle de pollakiurie, c'est-à-dire d'envies anormalement fréquentes, au-delà de sept mictions par jour ou de plus d'une par nuit, la miction nocturne n'étant considérée comme normale qu'à partir de soixante ans. Ces repères permettent de mesurer ce que « se retenir » veut dire : une matinée de réunions sans pause, ou un trajet de cinq heures sans arrêt, dépasse déjà largement le rythme ordinaire.

La vessie : le risque d'infection urinaire

La cystite, infection de la vessie, est due dans 90 % des cas à la bactérie Escherichia coli, présente naturellement dans le tube digestif. L'Assurance Maladie indique qu'une femme sur deux présente au moins un épisode de cystite au cours de sa vie : l'urètre féminin étant court, les bactéries remontent plus facilement jusqu'à la vessie.

Parmi les conseils de prévention des cystites récidivantes, l'Assurance Maladie place en tête : « Urinez dès que vous en ressentez le besoin : ne vous retenez pas. » Elle y ajoute de vider complètement sa vessie à chaque miction, pour éviter qu'un résidu d'urine favorise la multiplication des bactéries, de boire au moins un litre et demi par jour et de lutter contre la constipation. L'idée commune à ces conseils : que l'urine ne stagne pas dans la vessie, où les bactéries qui ont remonté l'urètre trouvent de quoi se multiplier.

Les signes qui font penser à une cystite sont des brûlures en urinant, des envies très fréquentes et une gêne au bas du ventre. La fièvre et les douleurs dans le bas du dos signalent en revanche une atteinte du rein, la pyélonéphrite, qui n'est plus une simple cystite et demande un avis médical rapide.

Boire moins pour ne pas avoir à chercher

C'est le second réflexe, et il va dans le mauvais sens. La recommandation de boire au moins un litre et demi par jour figure dans les mêmes conseils de prévention que celle de ne pas se retenir : le but de ces conseils est que la vessie soit vidée souvent, et boire peu va à l'inverse. Même pour les fuites urinaires, l'Assurance Maladie parle d'adapter la consommation de liquides, avec pour exemple la diminution des boissons le soir après 18 heures. Le guide sur les fuites urinaires revient sur ce point.

L'intestin : retenir l'envie entretient la constipation

Le service public d'information en santé définit la constipation par moins de trois selles par semaine. Parmi ses conseils de prévention figure celui de répondre immédiatement aux besoins naturels, à côté d'une alimentation riche en fibres, d'une activité physique régulière et d'un à deux litres de boisson par jour. Il cite aussi la modification du mode de vie parmi les causes, ce qui peut recouvrir un voyage ou les semaines où l'on n'a plus ses habitudes.

La constipation a elle-même des suites. La Société nationale française de gastro-entérologie compte les troubles du transit, constipation et diarrhée chronique, parmi les facteurs qui favorisent les crises hémorroïdaires. L'Assurance Maladie cite la constipation chronique parmi les facteurs de risque d'incontinence urinaire, et recommande de la prévenir pour cette raison aussi.

Se retenir trop souvent, et le périnée

Dans ses conseils de prévention de l'incontinence urinaire, l'Assurance Maladie demande d'éviter de se retenir trop souvent, de ne pas forcer en urinant et d'uriner complètement. Elle y rappelle dès l'enfance une règle de position : assise, genoux écartés pour les filles, ce qui favorise le relâchement du périnée et une vidange complète de la vessie.

S'accroupir au-dessus de la cuvette

Beaucoup de femmes ne s'assoient pas sur une cuvette de toilettes publiques. Une étude britannique publiée en 1991 dans le British Journal of Obstetrics and Gynaecology par Moore et ses collègues l'a mesuré : sur 528 patientes d'une consultation de gynécologie, 85 % déclaraient se tenir accroupies au-dessus du siège dans des toilettes publiques. Dans la même étude, uriner dans cette position réduisait le débit moyen de 21 % et augmentait de 149 % le volume d'urine restant dans la vessie.

Ce résultat n'a pas été retrouvé partout. Une étude de 2019 sur trente jeunes femmes en bonne santé, publiée dans Scientifica par Dueñas-Garcia et ses collègues, ne trouve pas d'effet de la position sur les principaux paramètres du débit urinaire. Ce que l'on peut en dire honnêtement : la position accroupie n'a pas de bénéfice démontré pour l'hygiène, comme l'explique le guide sur l'hygiène, et elle pourrait gêner la vidange chez certaines femmes. Le risque d'une cuvette, lui, reste faible quand la peau est intacte.

Ce qui aide vraiment : savoir où aller avant d'en avoir besoin

La plupart des situations où l'on se retient ne relèvent pas d'un choix mais d'un manque : pas de toilettes sur le trajet, des toilettes fermées, une file d'attente. Le seul remède de ce côté-là est de repérer à l'avance.

Au travail, la question relève d'un autre cadre : le code du travail impose des sanitaires aux employeurs, et le guide sur les obligations des établissements le détaille.

Quand consulter

Les sources citées ici convergent sur les situations qui demandent un médecin : des brûlures en urinant ou des envies très fréquentes, surtout pendant une grossesse ; de la fièvre ou une douleur lombaire associée à des troubles urinaires ; du sang dans les selles ; une constipation accompagnée de douleurs abdominales persistantes ou de fièvre. Des cystites qui reviennent, ou une habitude de se retenir qui s'installe faute de pouvoir faire autrement, méritent aussi d'en parler à son médecin traitant.

Sources

  • Assurance Maladie, « Prévenir l'infection urinaire et les récidives de cystite », ameli.fr, mis à jour le 13 mai 2025.
  • Assurance Maladie, « Cystite (infection urinaire) : symptômes et causes », ameli.fr, mis à jour le 13 mai 2025.
  • Assurance Maladie, « Pollakiurie ou envie fréquente d'uriner », ameli.fr, mis à jour le 7 juillet 2026.
  • Assurance Maladie, « Prévenir l'incontinence urinaire », ameli.fr, mis à jour le 3 juin 2024, et « Incontinence urinaire : mécanisme, fréquence et causes », ameli.fr.
  • Assurance Maladie, « Traitement de l'incontinence urinaire », ameli.fr, mis à jour le 19 février 2026.
  • Service public d'information en santé, « Constipation de l'adulte », sante.fr.
  • Société nationale française de gastro-entérologie, « Hémorroïdes », snfge.org.
  • Moore KH, Richmond DH, Sutherst JR, Imrie AH, Hutton JL. Crouching over the toilet seat: prevalence among British gynaecological outpatients and its effect upon micturition. Br J Obstet Gynaecol. 1991;98(6):569-572. doi:10.1111/j.1471-0528.1991.tb10372.x.
  • Dueñas-Garcia OF, Matta-Gonzalez MP, Fuller K, Fang W, Shapiro RE. The effect of toileting position in uroflow curves in young healthy nulliparous women. Scientifica. 2019. doi:10.1155/2019/5273083.

Qui écrit ce guide

Rodolphe Vandaele édite ToiletteFrance et écrit ses guides. Les chiffres cités ici sont recalculés à chaque visite sur le relevé du jour : aucun compte n'est figé dans le texte. La méthode est publiée sur la page de méthode, et une erreur se signale par la page de contact.

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