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Guide · 7 min de lecture

Se laver les mains aux toilettes : la bonne méthode, et le match sèche-mains contre papier

Trente secondes de savon, puis un séchage qui compte autant que le lavage. Ce que disent les autorités sanitaires, et ce que montrent vraiment les études sur les sèche-mains.

Dans des toilettes publiques, le risque d'infection ne vient pas de la cuvette mais des mains, comme l'explique le guide sur l'hygiène. Reste à savoir comment se laver les mains pour que le geste serve à quelque chose, et comment les sécher, question sur laquelle les fabricants de sèche-mains et ceux d'essuie-mains se livrent une bataille d'études depuis plus de dix ans. Voici ce que disent les autorités sanitaires et ce que montrent les publications, sources à l'appui.

Combien de temps, et comment

Le service public d'information en santé recommande de se laver les mains à l'eau et au savon pendant trente secondes, en frottant les ongles, le bout des doigts, les paumes, le dos des mains, les articulations et les poignets, puis de rincer et de sécher avec un linge propre. Les Centers for Disease Control and Prevention américains (CDC) donnent une durée minimale de vingt secondes pour le frottement seul, ce qui revient au même ordre de grandeur une fois le mouillage et le rinçage comptés.

Les cinq étapes décrites par les CDC sont les suivantes :

  1. Mouiller les mains à l'eau courante propre, chaude ou froide, puis appliquer le savon.
  2. Faire mousser en frottant, y compris le dos des mains, entre les doigts et sous les ongles.
  3. Frotter au moins vingt secondes. Les CDC proposent de fredonner deux fois « Joyeux anniversaire » pour tenir la durée.
  4. Rincer soigneusement à l'eau courante.
  5. Sécher avec une serviette propre ou un sèche-mains.

Le détail qui fait la différence est celui qu'on saute : les pouces, le dos des mains et l'espace entre les doigts. Une main frottée paume contre paume pendant cinq secondes a été mouillée, pas lavée.

L'eau chaude n'est pas une condition. Les CDC indiquent explicitement que l'eau peut être chaude ou froide : c'est le savon et le frottement qui détachent les germes de la peau, non la température.

Le gel hydroalcoolique : un recours, pas un équivalent

Faute d'eau et de savon, une solution hydroalcoolique contenant au moins 60 % d'alcool est recommandée par les CDC, et le service public d'information en santé admet la même friction de trente secondes sur des mains non souillées. Elle a trois limites que les CDC énoncent clairement.

  • Elle n'élimine pas tous les germes. L'eau et le savon sont plus efficaces contre le norovirus, principal virus de la gastro-entérite, contre le parasite Cryptosporidium et contre la bactérie Clostridioides difficile.
  • Elle est moins efficace sur des mains visiblement sales ou grasses.
  • Elle doit sécher seule : l'essuyer ou la rincer avant qu'elle soit sèche réduit son effet. Les CDC comptent une vingtaine de secondes de friction jusqu'au séchage.

En pratique, le gel rend service dans une sanisette sans lavabo, sur une aire de pique-nique ou dans des toilettes de chantier. En période de gastro-entérite, il ne dispense pas de chercher un point d'eau dès que possible.

Pourquoi le séchage compte

Le séchage n'est pas un confort. Une étude publiée en 1997 dans Epidemiology and Infection par Patrick, Findon et Miller a montré que l'humidité résiduelle des mains détermine la quantité de bactéries transférées au contact d'une surface : des mains mal séchées transmettent davantage de micro-organismes que des mains bien sèches. Sortir des toilettes les mains mouillées, c'est en partie annuler le lavage.

Sèche-mains ou essuie-mains : ce que disent les études

La question oppose trois méthodes : l'essuie-mains en papier, le sèche-mains à air chaud classique et le sèche-mains à jet d'air pulsé, celui où l'on glisse les mains dans une fente. Les résultats publiés penchent dans l'ensemble du même côté, mais pas unanimement.

La revue de 2012. Huang, Ma et Stack ont passé en revue les études disponibles dans les Mayo Clinic Proceedings. Leur conclusion : les essuie-mains en papier sèchent généralement mieux les mains, éliminent mieux les bactéries par frottement et contaminent moins l'environnement que les sèche-mains électriques. Les auteurs notaient aussi le peu de concordance entre les études sur l'efficacité relative des appareils.

La dispersion par le jet d'air. En 2014, Best, Parnell et Wilcox ont comparé les trois méthodes dans le Journal of Hospital Infection : les sèche-mains à jet dispersaient bien plus de micro-organismes dans l'air et sur les surfaces voisines que l'essuie-mains. En 2016, Kimmitt et Redway, dans le Journal of Applied Microbiology, ont mesuré la dispersion d'un virus déposé sur les mains : le sèche-mains à jet en projetait en moyenne plus de vingt fois plus que le sèche-mains à air chaud, et plus de cent quatre-vingt-dix fois plus que l'essuie-mains.

En conditions réelles. Une étude multicentrique de 2018, conduite dans trois hôpitaux au Royaume-Uni, en France et en Italie et publiée dans la même revue, a trouvé une contamination bactérienne des surfaces plus élevée dans les sanitaires équipés de sèche-mains à jet que dans ceux équipés d'essuie-mains, y compris par des bactéries d'origine fécale et des bactéries résistantes aux antibiotiques.

Le contrepoint. Toutes les études ne vont pas dans ce sens. Une étude de Suen et ses collègues, publiée en 2019 dans Scientific Reports, conclut que le sèche-mains à jet est la méthode qui élimine le mieux les bactéries des mains, et que s'essuyer sur ses vêtements est la moins efficace.

Une précision sur le financement : l'étude de 2014 de l'équipe de Mark Wilcox a été financée par l'European Tissue Symposium, association des fabricants de papier d'hygiène, ce que l'auteur a reconnu en précisant que le financeur n'avait pas pris part à l'analyse. Ce n'est pas une raison d'écarter ses résultats, mais c'en est une de ne pas lire une seule étude comme une preuve définitive.

Ce qu'on peut en retenir

Sur l'ensemble, les publications citées ici accordent un léger avantage à l'essuie-mains en papier, surtout pour la propreté de la pièce et des personnes autour. Elles s'accordent toutes sur un point plus important : des mains séchées valent mieux que des mains mouillées, quelle que soit la méthode. Un sèche-mains utilisé jusqu'au bout reste préférable à des mains essuyées sur un jean.

Quand l'essuie-mains existe, il a un second usage : fermer le robinet et ouvrir la porte sans toucher directement les poignées. Le guide sur l'hygiène des toilettes publiques détaille ce geste, et pourquoi la poignée de porte compte plus que la cuvette.

Quand il n'y a ni eau ni savon

C'est fréquent. Sur les 35 243 emplacements du relevé, 2 131 portent une mention d'eau potable, soit 6 %. L'absence de mention ne veut pas dire absence de lavabo : elle veut dire que personne ne l'a relevé. La liste des emplacements avec eau relevée donne ceux où l'on est sûr de trouver un point d'eau.

Le réflexe utile est donc d'avoir sur soi un petit flacon de solution hydroalcoolique, en sachant ses limites, et de se laver les mains à l'eau et au savon à la première occasion, avant de manger surtout.

Sources

  • Service public d'information en santé, « Pourquoi, quand et comment bien se laver les mains ? », sante.fr.
  • CDC, « About Handwashing », cdc.gov, mis à jour le 16 février 2024.
  • CDC, « About Hand Sanitizer », cdc.gov, mis à jour le 12 mars 2024.
  • Patrick DR, Findon G, Miller TE. Residual moisture determines the level of touch-contact-associated bacterial transfer following hand washing. Epidemiol Infect. 1997;119(3):319-325.
  • Huang C, Ma W, Stack S. The hygienic efficacy of different hand-drying methods: a review of the evidence. Mayo Clin Proc. 2012;87(8):791-798. doi:10.1016/j.mayocp.2012.02.019.
  • Best EL, Parnell P, Wilcox MH. Microbiological comparison of hand-drying methods: the potential for contamination of the environment, user, and bystander. J Hosp Infect. 2014;88(4):199-206. doi:10.1016/j.jhin.2014.08.002.
  • Kimmitt PT, Redway KF. Evaluation of the potential for virus dispersal during hand drying: a comparison of three methods. J Appl Microbiol. 2016;120(2):478-486.
  • Best E, Parnell P, Couturier J, et al. Environmental contamination by bacteria in hospital washrooms according to hand-drying method: a multi-centre study. J Hosp Infect. 2018;100(4):469-475. doi:10.1016/j.jhin.2018.07.002.
  • Suen LKP, Lung VYT, Boost MV, Au-Yeung CH, Siu GKH. Microbiological evaluation of different hand drying methods for removing bacteria from washed hands. Sci Rep. 2019;9:13754. doi:10.1038/s41598-019-50239-4.
  • Sur le financement de l'étude de 2014 : MinnPost, « Latest "paper towels vs. electric hand dryers" study underscores need for skepticism », novembre 2014, minnpost.com.

Qui écrit ce guide

Rodolphe Vandaele édite ToiletteFrance et écrit ses guides. Les chiffres cités ici sont recalculés à chaque visite sur le relevé du jour : aucun compte n'est figé dans le texte. La méthode est publiée sur la page de méthode, et une erreur se signale par la page de contact.

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