« Pourquoi n'y a-t-il pas de toilettes ici ? » La réponse tient rarement à la mauvaise volonté d'une mairie. Elle tient à une ligne budgétaire, et cette ligne est plus lourde qu'on ne l'imagine.
Ce que coûte une toilette publique
Trois postes, dans l'ordre d'importance, et c'est le troisième qui décide.
L'installation. Une sanisette autonettoyante moderne représente un investissement de plusieurs dizaines de milliers d'euros, raccordements compris. Un édicule maçonné classique coûte moins cher à l'achat et davantage à entretenir. Ce poste est ponctuel et se finance sur un budget d'investissement, celui qui se vote et se subventionne le plus facilement.
L'eau et l'énergie. Réel, mais marginal à l'échelle d'un budget communal.
L'entretien. C'est le poste qui tue les projets. Une toilette fréquentée demande un passage quotidien, parfois plusieurs. Cela se compte en heures d'agent, chaque jour, pour toujours. Ce n'est pas un investissement, c'est une charge de fonctionnement récurrente, celle qu'aucune subvention ne couvre et qu'il faut reconduire à chaque exercice.
Voilà pourquoi une commune peut inaugurer une toilette et la fermer trois ans plus tard. Ce n'est presque jamais l'installation qui manque, c'est la ligne d'entretien.
Gratuit, payant, ou réservé aux clients
Le corpus permet de mesurer la répartition des modèles, sur les 35 243 emplacements relevés.
- Gratuité confirmée 16 356 emplacements le modèle dominant
- Tarif payant relevé 814 emplacements 5 % du nombre de gratuites
- Réservées ou fermées 15 111 emplacements écartés absents de la carte
La leçon du tableau est que le payant reste marginal en France. Le modèle qui domine n'est ni la gratuité municipale ni le péage : c'est la toilette d'un établissement, ouverte à sa clientèle, dont l'entretien est payé par le commerce et non par la collectivité.
Pourquoi le payant ne résout rien
L'idée paraît évidente : faire payer cinquante centimes pour couvrir l'entretien. Elle se heurte à trois obstacles bien documentés.
La recette ne couvre pas la charge. À quelques dizaines de centimes par passage, il faut une fréquentation considérable pour payer un agent. Seules les gares et quelques sites très touristiques l'atteignent.
Le péage coûte cher lui-même. Le système de paiement s'installe, se maintient, tombe en panne et se fait vandaliser. Sur un équipement à faible fréquentation, il coûte plus qu'il ne rapporte.
Il déplace le problème. Une toilette payante est une toilette que certains n'utiliseront pas, et ceux-là sont précisément ceux dont le besoin est le plus criant. La dépense publique évitée reparaît en nettoyage de voie publique. Le guide sur l'amende traite l'autre bout de cette chaîne.
Ce que les communes font à la place
- Le conventionnement avec les commerces. Une commune rémunère des cafés et commerces qui acceptent d'ouvrir leurs toilettes à tous, signalés par un autocollant. Le coût est une fraction de celui d'un équipement, l'amplitude horaire est meilleure, et l'entretien existe déjà.
- L'ouverture des équipements publics. Mairie, médiathèque, gymnase, marché couvert. Sans construction, aux horaires du bâtiment.
- La concession publicitaire. Un prestataire installe et entretient en échange de l'exploitation de mobilier publicitaire. C'est le modèle des grandes villes, et il suppose une audience publicitaire, donc de la densité.
Ces trois solutions ont un point commun : elles n'apparaissent presque jamais dans les relevés cartographiques, parce que rien ne les distingue visuellement d'un commerce ordinaire. C'est une part invisible du réseau, et probablement la plus sous-estimée.
Ce que cela change pour vous
Deux conclusions pratiques. La première : dans une petite commune, ne cherchez pas un équipement dédié, cherchez un équipement public ouvert, mairie ou salle des fêtes un jour de marché. La seconde : l'absence de toilette sur la carte ne signifie pas l'absence de solution, mais l'absence de relevé.
Et si vous en connaissez une qui manque, l'ajouter prend quelques minutes et profite à tous ceux qui passeront après vous.