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Guide · 6 min de lecture

Des vespasiennes aux sanisettes : l'histoire des toilettes publiques à Paris

Urinoirs autorisés dès 1839, démolis en 1877, sanisettes à 1 franc en 1981 puis gratuites en 2006, nouvelle génération en 2025 : deux siècles de toilettes de rue, dates à l'appui.

Les toilettes publiques parisiennes ont près de deux siècles d'histoire, et chaque génération a répondu à la même question avec les moyens de son temps : comment soulager une ville dense sans la salir. Colonnes d'affichage creuses, édicules de fonte, cabines automatiques, bacs à paille sur le trottoir : ce guide retrace les étapes qui sont documentées, avec leurs dates, et laisse de côté les anecdotes qu'aucune source sérieuse ne confirme.

Les premiers urinoirs, sous la monarchie de Juillet

Le nom qui reste attaché aux premiers urinoirs parisiens est celui du comte de Rambuteau. Selon une chronique publiée par la Fondation Napoléon en mai 2024, il prend la tête de la préfecture de la Seine en 1833 et ne la quitte qu'à la chute du régime, en 1848. L'aménagement des rues et leur mobilier font partie de sa politique, et il partage avec le préfet de police la décision d'installer des urinoirs publics. Le nombre de ces équipements posés pendant son mandat est tel que l'usage populaire les baptise « colonnes Rambuteau », ou plus sobrement « édicules ».

L'étude « Le Mobilier urbain, un symbole de Paris », publiée en février 2006 sur le site Histoire par l'image, apporte une date plus précise : dès 1839, le préfet de police Gabriel Delessert autorise des « colonnes moresques » qui portent des affiches à l'extérieur et abritent un urinoir à l'intérieur. Le montage est économique avant l'heure : ce sont les compagnies d'affichage qui paient la construction, en échange du droit de coller leurs affiches.

Le mot « vespasienne » renvoie à l'empereur romain Vespasien. La chronique de la Fondation Napoléon précise qu'en faire l'inventeur des urinoirs publics relève de l'idée reçue : le nom est une référence, non une filiation.

Le Second Empire perfectionne, la IIIe République démolit

Sous Napoléon III, le Service des promenades et plantations, que dirige l'ingénieur Alphand depuis 1854, améliore ces colonnes : un écran masque en partie l'intérieur aux passants, un bec de gaz éclaire l'ensemble, et l'architecte Gabriel Davioud remplace la maçonnerie par une structure plus légère de fonte et de verre. Le concessionnaire d'affichage se voit imposer l'alignement et l'entretien.

La double fonction finit pourtant par gêner. Dès les années 1860, la critique monte, et un concours confie en 1868 à la maison Morris le marché des colonnes réservées aux seules affiches de théâtre : les colonnes Morris naissent de la séparation entre publicité et urinoir. Les colonnes urinoirs sont démolies en 1877. La presse s'en amuse : Le Charivari du 29 juin 1877 salue le départ des « colonnes Rambuteau » en se demandant ce qu'il restera de la renommée du préfet. Il en reste un mot, que Proust emploie encore en 1923.

Le vide des années 1960 à 1980

Les urinoirs de rue ne servaient qu'aux hommes, et leur réputation s'est dégradée au XXe siècle. Un article de Citazine d'août 2012 situe leur démolition progressive à partir des années 1960, et relève qu'à sa date il n'en restait qu'un à Paris, face à la prison de la Santé. Le même article rappelle que la fin de la gratuité des toilettes publiques est votée par le Conseil de Paris en 1980.

1981 : les sanisettes, payantes

La Ville de Paris donne elle-même la chronologie de la génération suivante. Le Conseil de Paris délibère les 15 et 16 décembre 1980 et décide d'implanter 400 sanitaires dans la capitale. Ce sont des cabines automatiques JCDecaux, installées de 1981 à 1986. Le droit d'entrée est fixé à 1 franc par une délibération du 20 octobre 1981, et sa collecte est confiée à la régie du stationnement payant. Les premières ouvrent au public le 10 novembre 1981.

Fermée et mixte, la cabine sert aussi aux femmes, que les urinoirs de rue ignoraient, et la Ville la présente comme le premier réseau mondial de sanitaires à entretien automatique. Elle a aussi un péage, qui écarte ceux qui en ont le plus besoin, un arbitrage que le guide sur le financement analyse en détail.

2006 : la gratuité

Paris.fr indique que la gratuité des sanisettes est décidée en 2006. Citazine rappelle qu'une association de défense des personnes sans abri, La raison du plus faible, avait lancé dès 2001 une campagne pour la rétablir. C'est le tournant qui fait des sanisettes parisiennes un service public au sens plein : on n'y entre plus contre une pièce, on y entre parce qu'on en a besoin.

2024-2025 : une nouvelle génération

La Ville a remplacé ses 435 sanisettes entre le début de 2024 et mai 2025, environ dix par semaine, quelque 150 avant les Jeux olympiques puis 285 de septembre 2024 à mai 2025. Les nouvelles cabines, toujours fournies par JCDecaux et dessinées par Patrick Jouin, ajoutent une seconde cabine urinoir sans attente et une fontaine extérieure avec savon. Le cycle de nettoyage entre deux usagers tombe à trente secondes, et la consommation d'eau baisse de près des deux tiers par rapport aux modèles précédents. Le réseau accueille plus de quinze millions d'usagers par an.

Les uritrottoirs, une parenthèse de 2018

À l'été 2018, la Ville expérimente un autre objet : l'« uritrottoir », un bac rouge d'environ un mètre surmonté de plantes, où l'urine est absorbée par de la paille puis compostée. Europe 1 rapporte le 13 août 2018 que trois exemplaires ont été posés au printemps, près de la place de Clichy, de la gare de Lyon et dans un square du 5e arrondissement, et qu'un quatrième vient d'arriver sur l'île Saint-Louis. Conçu par l'agence nantaise Faltazi, l'objet est critiqué pour son impudeur, faute de paroi, et pour son emplacement. Il illustre la limite de l'urinoir ouvert : économe en eau, il renoue avec le défaut des vespasiennes, réservé aux hommes et exposé aux regards.

Paris aujourd'hui, en chiffres

La Ville publie la liste de ses toilettes publiques en données ouvertes. Dans la version du 4 octobre 2026, le jeu compte 610 équipements, dont 581 en service. Ce tableau en donne la composition.

Toilettes publiques de la Ville de Paris par type, jeu de données ouvert du 4 octobre 2026
Type Au total En service
Sanisettes422422
WC (parcs, jardins, quais)172144
Urinoirs98
Lavatories payants66
Urinoir pour femmes11

Le même jeu annonce 153 sanisettes ouvertes 24 h/24, la plupart des autres fermant à 22 heures, et 504 équipements déclarés accessibles aux personnes à mobilité réduite. Les lavatories, gérés par un prestataire, sont les seuls payants de la liste. Le chiffre de 435 avancé en 2024 et les 422 sanisettes du jeu ouvert ne se contredisent pas forcément : l'un est un objectif de remplacement, l'autre un état de la base à une date donnée.

Le relevé OpenStreetMap utilisé par ce site compte aujourd'hui 854 emplacements dans Paris. Il ne se confond pas avec la liste municipale : il y ajoute les toilettes d'établissements ouvertes au public, et il dépend de ce que les contributeurs ont relevé. La page de Paris les présente arrondissement par arrondissement.

Ce qu'il faut retenir

  • Les premiers urinoirs de rue apparaissent sous la monarchie de Juillet, autorisés dès 1839 par la préfecture de police, et prennent le nom du préfet de la Seine Rambuteau.
  • Ils sont modernisés sous le Second Empire, puis démolis en 1877 ; les colonnes Morris naissent de la séparation entre affichage et urinoir.
  • Les sanisettes ouvrent le 10 novembre 1981, payantes, à 1 franc ; elles deviennent gratuites en 2006.
  • Le parc a été entièrement renouvelé entre 2024 et mai 2025, avec moins d'eau et une cabine urinoir en plus.
  • À l'échelle du pays, le relevé compte aujourd'hui 35 243 emplacements, dont 16 356 à gratuité confirmée et 1 455 ouverts en continu, à retrouver sur la carte.

Sources

  • Ville de Paris, « Paris modernise ses 435 toilettes publiques », paris.fr, mis à jour le 28 novembre 2024.
  • Ville de Paris, jeu de données « Toilettes publiques », licence ODbL, opendata.paris.fr, version du 4 octobre 2026.
  • Béatrice Méon-Vingtrinier, « Le Mobilier urbain, un symbole de Paris », Histoire par l'image, histoire-image.org, février 2006.
  • Baptiste Dumas-Piro, « Un homme sandwich n'est pas une colonne Rambuteau ! L'antonomase pour postérité », Fondation Napoléon, napoleon.org, mai 2024.
  • Audrey Minart, « Paris, une histoire de WC », Citazine, citazine.fr, 13 août 2012.
  • Europe 1 avec l'AFP, « Les "uritrottoirs", urinoirs écologiques, font polémique à Paris », europe1.fr, 13 août 2018.

Qui écrit ce guide

Rodolphe Vandaele édite ToiletteFrance et écrit ses guides. Les chiffres cités ici sont recalculés à chaque visite sur le relevé du jour : aucun compte n'est figé dans le texte. La méthode est publiée sur la page de méthode, et une erreur se signale par la page de contact.

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