Une chasse d'eau envoie à l'égout de l'eau potable, traitée pour être bue. C'est l'un des premiers postes de consommation d'un logement, et l'un des plus faciles à réduire. Ce guide rassemble les chiffres publics sur l'eau des toilettes, refait le calcul de ce qu'un ménage peut économiser, puis regarde les solutions sans eau : urinoirs secs et toilettes sèches, à la maison, dans l'espace public et en montagne.
Combien d'eau part dans les toilettes
L'Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement, piloté par l'Office français de la biodiversité, évalue la consommation domestique moyenne à 53 m³ par habitant et par an en 2023, soit environ 145 litres par jour, dans son rapport publié en juillet 2025. Il retient, comme l'Insee, une consommation de référence de 120 m³ par an pour un foyer.
Le Centre d'information sur l'eau répartit la consommation d'un logement par usage : 39 % pour les bains et douches, 20 % pour les sanitaires, 12 % pour le linge, 10 % pour la vaisselle, le reste pour la cuisine, la boisson, le jardin et divers. Il précise que cette répartition est délicate à établir, parce qu'elle dépend des équipements et des habitudes de chacun. Dans ce découpage, les toilettes sont le deuxième poste du logement, derrière la salle de bains.
Appliquée à la consommation moyenne, cette part donne environ 29 litres par personne et par jour, soit 10,6 m³ par an. Pour le foyer de référence de 120 m³, elle représente 24 000 litres par an, de l'eau potable utilisée uniquement pour évacuer.
Le volume d'une chasse : ancienne ou double commande
Le CIEau estime qu'une chasse classique consomme 9 à 12 litres, et qu'une chasse à double commande ramène ce volume à 3 à 6 litres. Le Parc national de la Vanoise, qui sensibilise les visiteurs de ses refuges, retient une fourchette de 4 à 10 litres par chasse. Pour les toilettes publiques, la fiche que l'association de collectivités AMORCE a publiée en juillet 2025 cite une chasse classique à 10 litres en moyenne, et jusqu'à 17 litres par passage pour une cabine automatique qui lave aussi son sol entre deux usagers.
Le CIEau signale enfin le cas le plus coûteux de tous, celui qu'on ne voit pas : une chasse qui fuit laisse filer environ 25 litres par heure, soit 220 m³ par an. C'est presque deux fois la consommation annuelle de référence d'un foyer entier.
Ce qu'économise un ménage : le calcul
Le calcul repose uniquement sur les chiffres cités plus haut. Un foyer de référence consomme 120 m³ par an, dont 20 % pour les toilettes, soit 24 000 litres. Passer d'une chasse de 9 à 12 litres à une double commande de 3 à 6 litres réduit chaque chasse de moitié au minimum, de 12 à 6 litres, et des deux tiers au mieux, de 9 à 3 litres.
| Hypothèse | Eau économisée par an | Au prix moyen de 4,89 €/m³ |
|---|---|---|
| Basse : de 12 à 6 litres | 12 000 litres | 59 € |
| Haute : de 9 à 3 litres | 16 000 litres | 78 € |
| Toilettes sèches | 24 000 litres | 117 € |
Le prix est celui que l'Observatoire publie pour le 1er janvier 2025, eau potable et assainissement collectif compris, dans son rapport de juin 2026. L'ordre de grandeur concorde avec l'estimation du CIEau, qui annonce 30 à 40 m³ d'économie par an pour une famille de quatre personnes. Le calcul ne vaut que pour un logement encore équipé d'une chasse ancienne ; et une seule fuite non réparée efface en quelques semaines tout ce que le changement de mécanisme fait gagner en un an.
Sans changer de cuvette, le CIEau suggère de placer une ou deux bouteilles d'eau dans le réservoir pour en réduire la capacité, ce qui économise 1,5 à 3 litres par chasse.
Les urinoirs : chasse temporisée ou pas d'eau du tout
Un urinoir récent consomme environ 2 litres par chasse, et jusqu'à 10 litres pour les anciens modèles, selon la fiche d'AMORCE. Le pire cas est l'urinoir à écoulement continu, encore fréquent dans les vieux édicules. La ville de Grenoble, qui les équipe de chasses temporisées dans le cadre du défi de sobriété des collectivités, annonce une économie de 2 500 à 3 000 m³ par an et par urinoir : l'eau épargnée sur un seul urinoir dépasse la consommation de vingt foyers de référence.
L'urinoir sec va plus loin et supprime l'eau. AMORCE décrit l'expérience de Lyon après la sécheresse de 2022 : une dizaine de cabines sèches, pour femmes, pour hommes et accessibles en fauteuil, avec des cuves de 400 à 500 litres pour l'urine et un bac de 60 litres pour les matières fécales dans les cabines accessibles. L'urine sert à arroser des composts de déchets verts chez un agriculteur, et tous les excréments collectés sont valorisés en agriculture. La contrepartie est un entretien plus fréquent qu'avec une chasse, et des vidanges plus rapprochées en été.
Les sanisettes parisiennes ont suivi une autre voie : la génération installée entre 2024 et 2025 garde l'eau, mais en consomme près de deux tiers de moins que la précédente, selon la Ville de Paris.
Les toilettes sèches : ce que dit la réglementation
Pour une habitation non raccordée au tout-à-l'égout, le texte de référence est l'arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques des installations d'assainissement non collectif, dans sa rédaction issue de l'arrêté du 7 mars 2012. Son article 17 autorise les toilettes « sèches », sans eau de dilution ni de transport, à plusieurs conditions :
- ne causer aucune nuisance au voisinage, aucun rejet liquide hors de la parcelle et aucune pollution des eaux de surface ou souterraines ;
- soit traiter ensemble urine et fèces en les mélangeant à une matière organique pour faire un compost, soit sécher les fèces, l'urine rejoignant alors le dispositif de traitement des eaux ménagères ;
- recueillir les matières dans une cuve étanche, vidée régulièrement sur une aire étanche, à l'abri de la pluie et sans écoulement ;
- valoriser le compost sur la parcelle, sans nuisance ni pollution ;
- garder une installation conforme pour les eaux ménagères, dimensionnée pour leur seul débit.
Ce dernier point est souvent mal compris : des toilettes sèches ne dispensent pas d'un assainissement. Elles retirent du circuit les eaux les plus chargées, mais les eaux de douche, d'évier et de lave-linge doivent toujours être traitées. Le texte vise les petites installations d'assainissement non collectif, celles d'une maison isolée par exemple.
En montagne et sur les sentiers
Là où l'eau manque, les toilettes sèches sont souvent la seule solution réaliste. Le Parc national de la Vanoise indique que ses refuges en sont équipés, au même titre que les douches y sont limitées, parce qu'en site isolé chaque litre compte, et davantage en période de sécheresse. Entre deux refuges, en revanche, il n'y a rien : le guide sur la randonnée détaille la conduite à tenir quand aucune installation n'existe.
Le relevé OpenStreetMap ne distingue pas les toilettes sèches des autres de façon fiable. Il compte aujourd'hui 35 243 emplacements, dont 2 131 mentionnent une eau potable, utile pour remplir une gourde ; la page dédiée les liste.
Ce qu'il faut retenir
- Les toilettes représentent environ 20 % de l'eau d'un logement, selon le CIEau, soit 24 000 litres par an pour un foyer de 120 m³.
- Une chasse classique consomme 9 à 12 litres, une double commande 3 à 6 litres : le changement économise 12 000 à 16 000 litres par an pour ce foyer.
- Une chasse qui fuit peut perdre 220 m³ par an : la réparer passe avant tout.
- Les toilettes sèches sont autorisées par l'article 17 de l'arrêté du 7 septembre 2009 modifié, à condition de traiter aussi les eaux ménagères.
- Dans l'espace public, chasses temporisées et urinoirs secs réduisent fortement la consommation, au prix d'un entretien plus suivi.
Sources
- Office français de la biodiversité, « Publication du 15e rapport national de l'Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement, édition 2025 », communiqué, ofb.gouv.fr, 7 juillet 2025.
- Office français de la biodiversité, « Publication du 16e rapport national de l'Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement, édition 2026 », communiqué, services.eaufrance.fr, 25 juin 2026.
- Centre d'information sur l'eau, « Consommation d'eau moyenne par foyer en France », cieau.com, dernière modification le 4 juin 2026.
- Centre d'information sur l'eau, « Équipements économiseurs d'eau pour la maison », cieau.com, dernière modification le 4 juin 2026.
- AMORCE, « Défi Sobriété, 10 % d'eau des collectivités. Fiche action 7 : économiser l'eau dans les services de nettoiement des espaces publics », EAT17-7, amorce.asso.fr, juillet 2025.
- Arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5, article 17, version en vigueur depuis le 26 avril 2012, legifrance.gouv.fr.
- Parc national de la Vanoise, « L'accueil en refuge en période de sécheresse », vanoise-parcnational.fr.
- Ville de Paris, « Paris modernise ses 435 toilettes publiques », paris.fr, mis à jour le 28 novembre 2024.